Vers la fin de l’année dernière, après les élections présidentielles, le frère Akere a quitté le pays et s’est arrêté à Paris, en France, pour rendre visite à notre frère Wali qui était gravement malade et hospitalisé à l’hôpital américain depuis neuf mois déjà. Akere s’est entretenu avec Wali, qui se remettait et avait l’air beaucoup mieux et nous pensions tous qu’il était enfin en voie de guérison complète.

Bizarrement et tragiquement, Wali a dit à Akere que s’il devait mourir, il voulait être enterré à Ngyen Mbo où nos parents sont enterrés. Quand Akere est revenu de sa mission, il m’a immédiatement informé des instructions de Wali. J’ai dit à Akere que nous n’avions pas d’autre choix que d’exécuter les dernières volontés de notre frère s’il venait à décéder, aussi risqué que cela puisse être. Nous espérions, bien sûr, que son rétablissement se poursuive.

Dans la nuit du 24 février, la mauvaise nouvelle est tombée ! Son aimante femme qui avait tout abandonné pour être aux côtés de Wali, tous les jours pendant douze mois, nous appela pour nous annoncer la mauvaise nouvelle. Akere s’est envolé pour Paris après quelques jours pour séjourner avec Theresa sa femme et Vanessa sa fille, et aussi pour prendre les dispositions funéraires en France et, bien sûr, au Cameroun. Nous avons fixé la date du rapatriement de la dépouille de Paris au Cameroun pour le 28 mars.

Akere est rentré chez lui une semaine plus tard, prêt à retourner à Paris le 24 mars 2019, pour les cérémonies funéraires à Paris et pour rapporter la dépouille mortelle de notre frère Wali. Pendant les deux semaines suivantes, nous avons tenu plusieurs réunions familiales pour discuter des arrangements funéraires, en particulier ceux qui auraient lieu à Yaoundé. Il n’y a pas eu de difficulté majeure ici. La principale difficulté a été l’enterrement de notre frère à Ngyen Mbo, comme il l’avait requis. Dès le début, nous savions que nous devions faire face à de sérieux problèmes de sécurité, non seulement pour ceux qui voulaient assister à l’enterrement, mais surtout pour les trois fils Muna survivants, leurs enfants et les membres proches de la famille. Nous savions que nous ne pouvions pas enterrer notre frère à Ngyen Mbo en secret.

Il y aurait les fossoyeurs traditionnels, les membres de notre famille maternelle à Banjah, Bamenda ; les membres de notre famille ancestrale à Kob, Metta et, bien sûr, les membres de notre famille immédiate à Ngyen Mbo. Nous ne pouvions donc pas garder le secret, mais nous avons décidé d’essayer de le rendre aussi discret que possible. La sécurité du nombre limité de personnes qui assisteraient nécessairement à l’enterrement de notre frère était notre principale préoccupation. Nous avions un parent proche qui s’était fait un devoir d’étudier les activités de tous les groupes des forces de défense ambazoniennes. C’était une nécessité importante pour lui, car ses activités l’obligeaient à voyager dans les départements de Momo, Mezam, Ngoketungia et Bui.

Il savait donc comment opèrent les groupes armés de ces départements. Nous avons été surpris d’entendre de sa bouche qu’on pouvait dialoguer avec certains de ces jeunes armés et même, si nécessaire, avec leurs commandants. La plupart d’entre eux nous ont dit qu’ils étaient tout à fait raisonnables et qu’ils voulaient sincèrement que les autochtones et les résidents des secteurs qu’ils contrôlaient poursuivent des activités normales, sauf les jours de ville morte.

Nous savions que notre village Ngyen Mbo avait un groupe de forces de défense ambazoniennes, mais nous ne savions pas à quel point elles étaient actives et fortes. Notre parent nous a conseillé de les prendre au sérieux et c’est donc lui et d’autres chefs de village qui les ont informés de nos plans. En retour, ils ont informé les chefs des communautés villageoises qu’il s’agissait de funérailles villageoises et qu’il n’était pas habituel pour eux de s’immiscer dans des évènements villageois aussi tristes et, en outre, c’était plus comme une affaire de famille pour eux, car Ngyen Mbo est une famille.

Nous devions maintenant nous demander s’il y aurait des groupes armés d’autres régions qui utiliseraient leur force supérieure et leurs armes modernes pour tenter de maîtriser ou d’intimider le groupe Ngyen Mbo et nous prendre en otage ou simplement pour faire la propagande qu’ils avaient capturé les Muna ou au moins un Muna. Nous avions entendu beaucoup d’évènements horribles concernant les forces de défense ambazoniennes regroupées quelque part dans l’arrondissement de Batibo, qui se feraient un plaisir de capturer les garçons Muna pour une grosse rançon ou d’exécuter au moins un d’entre eux pour les péchés politiques présumés de notre défunt père.

Comme on le verra plus loin, nous avons deviné à juste titre que ce serait eux ou les groupes armés qui chercheraient la notoriété en capturant tous les enfants Muna ou l’un d’entre eux. Un autre groupe que nous craignions, non pas à cause de leur force, mais parce qu’ils pourraient venir là-bas pour semer la confusion et faire tuer des innocents afin de discréditer notre famille, aurait été créé avec les fonds publics et serait dirigé par un important ministre du gouvernement. Compte tenu du fait qu’il y a certains ministres et gouverneurs purs et durs qui ne verraient pas d’inconvénient à ce que les Anglophones soient exterminés parce qu’ils ne sont pas meilleurs que les rats ou les chiens, et qu’ils l’ont dit publiquement, nous ne pourrions pas demander la protection du gouvernement.

Ces ministres extrémistes soutiennent que l’extermination sera facile parce que nous sommes comme deux morceaux de sucre qui pourraient facilement être dissouts dans un seau d’eau.

Il est bien connu qu’ils considèrent certains d’entre nous comme un obstacle à leur maintien à vie au pouvoir. Mon frère Akere est spécialement ciblé et de nombreuses tentatives pour le faire emprisonner en l’arrêtant pour le juger devant les tribunaux militaires pour terrorisme, ou en le faisant poursuivre devant les tribunaux ordinaires pour des infractions dont tout le monde sait qu’elles sont truquées. Ces tentatives n’ont pour l’instant pas produit les résultats qu’ils attendent. L’idéal pour ces partisans de la ligne dure ne serait-il pas de le faire tuer dans la confusion à Ngyen Mbo, lors d’une cérémonie d’enterrement ? Pour notre protection, toute considération que nous avions ou aurions dû avoir pour que des troupes gouvernementales nous escortent de Bamenda à Ngyen-Mbo et nous protègent, nous et les personnes invitées, pendant la cérémonie d’enterrement était donc écartée. Parce que les soi-disant «Amba Boys » de Ngyen Mbo avaient donné l’assurance d’un passage sûr, parce que, selon eux, nous venions pour enterrer un fils du terroir, nous devions prendre le risque.

Cependant, le fait de voir des troupes de l’État là-bas provoquerait certainement une panique du côté des garçons Ngyen Mbo Amba, ce qui pourrait donner lieu à un échange de tirs. D’autre part, en plus de considérer les garçons Muna comme responsables des crimes politiques présumés de leur père contre les anciens Southern Cameroonais, certains groupes de l’Armée de libération ambazonienne pensent qu’Akere avait trahi la cause en se présentant aux dernières élections présidentielles.

Ils soutiennent qu’il aurait dû soutenir la sécession des anciens Southern Cameroonais de l’Union actuelle. Une simple logique pour quelqu’un qui n’est pas aussi intelligent que moi démontrerait que s’il gagnait ou si le candidat qu’il soutenait gagnait, alors les négociations pour mettre fin à ce malheureux conflit seraient plus probables. Mais je ne suis peut-être pas aussi intelligent que ceux qui contrôlent les jeunes gens en armes. Après avoir pris en considération tous les faits ci-dessus, nous devions préparer le voyage effectif jusqu’à Ngyen Mbo.

Nous avons été informés que le long de la route qui va de Bamenda Town à Ngyen Mbo, il y avait des points de surveillance tenus par des informateurs qui relayaient les informations nécessaires aux « groupes armés Amba » le long de cette route, et les informaient de tout mouvement des véhicules officiels, ou des véhicules de transport de troupes ou autres véhicules qu’ils avaient été prévenus de surveiller ou simplement des véhicules suspects. Nous avons dû tenir compte de tout cela dans notre planification.

Nous savions aussi, grâce à notre proche parent, que les taxis empruntent cette route librement et en toute sécurité, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une journée ville morte. Nous avons également tenu compte de ce fait lors de la planification de notre voyage. De plus, nous avons décidé qu’il était important d’arriver tôt au lieu de l’inhumation, d’enterrer notre frère et de déguerpir de là. Il n’y aurait pas de nourriture ou de danses traditionnelles après l’enterrement. Ces faits étaient gardés secrets et n’étaient connus que d’une poignée d’entre nous. Cependant, nous avons fait savoir qu’il y aurait un service d’action de grâces le lendemain et qu’il y aurait ensuite une réception dans l’enceinte de notre chef de famille traditionnel.
Cela a été fait pour donner aux gens du village et à tout le monde l’impression que nous serions là jusqu’au lendemain, qui était un dimanche, et cela a marché.

Les garçons d’Amba planifiaient nous capturer le dimanche lorsque nous serions exposés à la réception dans la concession familiale. Nous avons également décidé que le cercueil ne serait pas mis dans un corbillard pendant notre voyage de Yaoundé à Ngyen Mbo. Nous avons décidé de placer le cercueil dans un autobus privé de treize places sans que rien n’indique clairement à l’observateur occasionnel ou au spectateur qu’il y avait un cercueil à l’intérieur. Akere voyagerait dans sa voiture avec des amis étrangers et quelques parents.

Je voyagerais aussi dans ma voiture avec notre frère George et quelques amis de Yaoundé et des proches qui insistaient pour affronter le danger si nécessaire, afin de dire au revoir à Wali.

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