Le Cameroun est un pays béni de Dieu. Il possède une importante ressource humaine, notamment au sein de la diaspora. Le poète camerounais résidant en France Alain Alfred Moutapam, par ailleurs juriste internationaliste de formation, enseignant et chercheur en diplomatie culturelle africaine fait la fierté de notre pays dans l’Hexagone et à travers l’espace francophone. Sa poésie engagée dans une posture de griot africain, de comédien et de metteur en scène traite des sujets comme l’amour, la protection de l’environnement, l’immigration, la guerre, la paix, etc. Voici la substance de notre entretien.

M. Alain Alfred Moutapam, vous êtes l’un des plus grands poètes francophones du moment et l’un des meilleurs au monde. Vous ne croyez peut-être pas par votre humilité mais c’est pourtant vrai. Comment êtes-vous arrivé à la poésie après de brillantes études en Relations internationales, notamment en diplomatie culturelle?

Soyez également salué et parallèlement gratifié pour l’opportunité que vous m’accordez en me donnant la parole. Il va sans dire que vos lecteurs et liseurs auront par votre belle initiative, l’occasion de découvrir et d’explorer mes créations poétiques, et mieux encore, l’homme et le poète que je suis. De fait, de nombreuses voix autorisées s’accordent de plus en plus pour me situer au panthéon de la poésie francophone, encore plus, dans l’élite littéraire et poétique mondiale ; tant il est vrai que la poésie est la mère de toute littérature. L’humain que je suis ne peut donc qu’en être très honoré. En conséquence, je ne manque point d’occasion pour témoigner ma gratitude à la vie, à ma vie, pour avoir rendu tout ceci possible. Revenant sur votre question proprement dite, mes parents et tous ceux qui me connaissent depuis l’enfance, affirment toujours haut et fort, que, je suis un poète né.

En ce qui me concerne singulièrement, j’ai toujours eu une attirance et une sensibilité extrêmes en matière poétique. J’ai de tout temps aimé lire et toujours apprécié la musique qui découle des mots, et notamment de ceux qui en sont rendus Maîtres. Mais c’est à Paris, au début des années 2000, que le déclic, mieux, la transition, entre le poète potentiel que j’ai été, et le poète admiré que je suis devenu, s’est opéré. Pour tout vous dire, ce fut au prix de graves souffrances, de lamentations extrêmes et de difficultés personnelles immenses… Mes études de Droit, de Relations internationales et de Diplomatie culturelle, m’ont quant à elles, permis d’exprimer avec beaucoup plus de facilité, du fait de la richesse du lexique que j’y ai hérité, ce chant intérieur, qui au vrai, m’ a toujours habité.

Vos poèmes sont thématiques et traitent des problèmes majeurs de notre époque comme l’immigration, la protection de l’environnement, l’amour, etc. Qu’est-ce qui a influencé le choix de la poésie thématique au lieu de celle souvent plus abstraite?

Ma thématique poétique est à tout prendre, une thématique qui explore bien de domaines de la vie des humains que nous sommes. J’essaie autant que faire se peut, d’aborder sous forme poétique les défis majeurs de notre époque. Ce faisant, je questionne, je m’indigne, je propose des solutions sur les questions de notre temps. En effet, j’appartiens à une tradition artistique et poétique où l’art pour l’art n’est point la chose la mieux partagée. Plus encore, mon peuple, et au-delà l’humanité actuelle, vit une période exceptionnelle d’expansion de la conscience collective… Tant de défis sont à relever donc par mes concitoyens, par les Africains, en somme, par les humains. Et le poète, bien que n’étant pas toujours écouté, a cette mission originelle à laquelle il ne peut se départir : c’est celle, d’être le garant des équilibres. Le garant de l’harmonie de tout et du tout.

Il se doit d’être le porte-flambeau, le guide, le phare de sa communauté, de sa société, de l’humanité, de son époque. Ne dit-on pas que lorsque la pensée s’élève à son degré le plus élevé, elle devient poésie ? Nous ne pouvons donc pas nous dérober ; nous nous devons d’accomplir notre mission, à défaut, de la trahir. Cet engagement poétique est donc hautement sincère et m’a souvent valu quelques remontrances tant et si bien que j’ai fait le choix de ne point verser dans la flagornerie.

Vous avez déjà publié plusieurs recueils de poèmes. Parmi ces recueils, il y a celui de la « Nouvelle Poésie pour un Monde Meilleur ». Dans ce recueil, on retrouve des poèmes comme « Le temps est venu », « Seul au monde », « Lettre d’une femme qui s’en va », « Où va ce monde? », « Le cri de l’immigré », etc. Ce recueil de poème est si riche qu’il peut donner l’envie à n’importe quelle personne d’aimer la littérature et la poésie en particulier. Où puisez-vous tant d’inspiration pour livrer au monde une poésie éternelle?

Produire une poésie éternelle, entrer dans la postérité, être un auteur, un artiste transhistorique : tel est depuis la nuit des temps, le rêve nourri et entretenu par tous ceux qui ont reçu ce rare mais ô combien noble privilège, de contribuer à la création, par leurs œuvres d’esprit. Savoir que les générations futures, les peuples de ce monde qui vient, trouveront en mes écrits, des sources d’inspiration, de revitalisation, d’exaltation, de consolation, voire de guérison, reste ma principale motivation. En tout état de cause, lorsqu’adviendra le temps du grand départ, le temps du retour de mon âme en sa demeure première, le retour de mon soi véritable, à la source de lumière et de toute vie, je penserai à la pénibilité du chemin emprunté et parcouru, et en toute humilité, je dirais alors: « J’ai fait ma part ».

Pour ne pas conclure sur cette question, ma motivation vient justement de cette conviction intérieure que ma mort ne devrait point me tuer. Je me dois donc d’être à la hauteur des exigences des lecteurs et surtout liseurs d’aujourd’hui et de demain. Comme vous le constatez, les attentes avec moi-même sont grandes et exigeantes.

Vous avez été invité récemment au Sénat français à Paris pour déclamer des poèmes. Grâce à vous, la poésie d’un Africain est entrée dans ce haut lieu de pouvoir en France. Tout chez vous est presque poétique ou accompagne votre poésie si particulière, notamment votre tenue vestimentaire ce jour au Sénat. Pourriez-vous nous parler de votre invitation au Sénat et de cette belle tenue ce jour?

Mon invitation au Senat procède d’une sorte de bis repetita au demeurant. Depuis quelques années, de hauts dignitaires qui fréquentent ce lieu me font l’honneur de m’inviter à leur Assemblée pour clamer et déclamer ce que je sais le mieux faire sur terre. Cette année encore, j’ai été invité à intervenir dans un forum qui portait sur les défis de l’immigration actuelle. Et mon poème intitulé : Le cri de l’immigré a fait sensation. J’ai eu droit à ce que les Anglais appellent: une Standing ovation.

Relativement à ma tenue princière ou royale, il faut dire qu’elle émane de notre patrimoine culturel ignoré. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la brillante civilisation égyptienne était essentiellement noire tel qu’il ressort des conclusions du colloque du Caire de 1974 convoqué et présidé par l’Unesco. Je me suis donc inspiré de l’habillement de nos ancêtres pharaons et ai ajouté une touche de modernité à costume et chapeau. Comme vous l’aurez constaté, j’essaie sur le double plan du fond et de la forme, d’approximer l’excellence, à défaut de l’atteindre. Mon habillement doit donc ressembler à la poésie qui émane de mon être profond.

Vous êtes Camerounais de mère et Béninois par votre père. Votre histoire s’apparente à celle d’un autre grand poète ayant cette double culture à savoir Fernando Dalmeida. Ce brillant universitaire de regretté mémoire et journaliste disait assez souvent qu’il était le père de la poérotique c’est-à-dire la poésie érotique. Le poète Fernando Dalmeida avait été précurseur de la poérotique. Le poète Alfred Moutapam est-il le poète du monde meilleur ou du bonheur sur terre?

Je n’ai hélas pas eu la chance de rencontrer le grand poète D’Almeida. Sa transcendance est survenue malheureusement au moment où nos chemins allaient se croiser du fait des personnes dont nous partagions en commun l’amitié. Son œuvre mérite faut-il le rappeler, d’être lue, relue et promue…S’agissant de moi, c’est à vous mes lecteurs, mieux mes liseurs, de la qualifier, de me qualifier. Ceci étant, dire que je suis le poète ‘un monde meilleur’, épouse totalement la démarche humaniste et universelle qui habite ma poésie.

Le poète Fernando Dalmeida parlait beaucoup d’amour dans ses poèmes et de la femme tout comme vous également. Est-ce qu’il vous a influencé à ce niveau?

Le poète Dalmeida comme Réné Philombe sont des poètes précurseurs sur notre terre. Ils ont inspiré directement et/ou indirectement la génération des poètes d’après, que nous sommes. Mais les thèmes portant sur l’amour et les femmes inspirent les poètes du monde entier, depuis que la poésie est poésie. D’ailleurs, qui d’autre qu’un poète serait fondé à parler de l’Amour dans son articulation la plus belle, la plus grande, la plus noble, sur cette terre dite terre des hommes ?

Il y a quelques années, j’avais eu l’opportunité de voir le poète camerounais Fernando Dalmeida déclamer des poèmes au prestigieux festival international de poésie de Trois-Rivières au Québec. Ce grand poète et professeur de littérature québécoise à l’université de Douala dont le nom est désormais associé à un grand prix de poésie de ce festival a toujours souhaité voir d’autres jeunes poètes africains suivre ses pas comme il avait suivi ceux des poètes comme Senghor, etc. Seriez-vous disposé à assister à ce festival de poésie de Trois-Rivières au Québec si vous étiez invité par les organisateurs?

J’ai en effet appris l’existence du festival de poésie de Trois-Rivières il y a quelque temps, notamment, par le truchement de l’un des plus célèbres poètes sénégalais actuels, j’ai nommé : Amadou Lamine Sall. Il est heureux d’apprendre que le nom de notre compatriote Dalmeida est associé désormais à cette grande rencontre internationale de poésie. J’ai la faiblesse de penser que, c’est un bel hommage que lui rendent ainsi ses pairs, en reconnaissance de son talent poétique. Garder la flamme allumée par nos prédécesseurs, telle est l’ambition qui m’a toujours animée depuis mes débuts comme poète actif. Dans ce sillage, prendre part au festival de poésie de Trois Rivières au Québec, me fera honneur, et contribuera à coup sûr, à écrire de nouvelles et reluisantes pages du dialogue interculturel entre nos deux continents.

Vous êtes émouvant et poignant dans votre poésie. Vous pouvez tirer facilement les larmes aux yeux lorsqu’on écoute certains de vos poèmes. Votre poésie est source d’enrichissement et un appel à l’humanisme dans un monde qui s’enfonce au Sud et se défonce au Nord avec le réchauffement climatique par exemple. Vous êtes à la fois un poète et un excellent griot africain. Quels sont les projets futurs, notamment en poésie pendant la nouvelle année 2019?

Je suis profondément touché par vos compliments à mon endroit. Oui je donne le meilleur de moi-même dans la théâtralisation de mes prestations comme dans la transmission de mes émotions sur scène. Il est difficile, je l’avoue, de résister à ce régal poético-théâtral, fait de mots clamés, de chants pleurés ou de pleurs chantés. Je reçois beaucoup de témoignages comme le vôtre, des personnes qui ont été hautement bouleversées par mes mots dans leur déclinaison poétique comme seuls les poètes nés savent le faire. Au sujet de mes projets pour l’année débutante, en dehors de mes publications de chercheur en diplomatie culturelle et de conférencier sur ces questions, j’espère terminer et publier un roman en cours ; au titre révélateur : A la recherche de mon père. Plus encore, j’entends publier un livre portant sur l’Icône de l’art pictural africain : Armand Aniambossou, premier grand Maitre pictural africain, créateur du forcubisme et des visages tourmentés. Voilà en somme, ce que j’avais à dire sur notre interview d’aujourd’hui.

Source: lavoixducentre.info

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