La Direction générale de la recherche extérieure (Dgre) est l’ombre d’elle-même à cause d’un certain nombre de dysfonctionnements liés à un déficit de personnels pour assurer la liaison sur le terrain et à une mauvaise gouvernance en son sein. La menace terroriste de plus en plus présente dans les villes camerounaises, la profanation des représentations diplomatiques du Cameroun à l’étranger, les errements de quelques compatriotes de la diaspora contre la personne du chef de l’Etat, sont entre autres la preuve que le système de renseignement au Cameroun est grippé.

Que se passe-t-il à la Dgre? La question s’impose aujourd’hui, compte tenu d’un faisceau d’éléments qui alimentent l’actualité au sein de la Direction générale de la recherche extérieure. Après la série de cambriolages perpétrés, il y a quelques temps, dans certains services stratégiques, supposés parmi les plus gardés de la République, on constate que le Cameroun, ces derniers temps, subit les assauts répétés des mouvements terroristes, l’influence des réunions secrètes susceptibles de déstabiliser le pays, les agitations et invectives de certains individus à l’étranger hostiles au régime en place. Tout ceci face à l’immobilisme des services de renseignements qui sont quasi inexistants sur le terrain. Pour le cas d’espèce, on parle d’un déficit en personnels au niveau des postes de liaison (PL). Selon les résultats de nos enquêtes, le Poste de liaison du Littoral, par exemple, connait une paralysie inexplicable. Seulement cinq éléments en fonction pour couvrir toute la région. Plus grave encore parmi les 5 éléments, le chef de poste et la secrétaire iront en retraite dans trois mois. En dehors de Douala, la ville d’Edéa compte seulement deux éléments. Pendant ce temps, aucun élément n’est observé dans le Nkam et le Mungo. Le peu d’éléments a déjà du mal à couvrir le seul département du Wouri. Pourtant, l’arrondissement de Douala 4ème qui est le plus vaste est frontalier à la ville de Tiko, dans le Sud-ouest, une région en proie aux violences sécessionnistes avec le flux des populations. Le brassage des populations dans cet arrondissement de Douala se fait sans aucun filtrage des agents de renseignements qui sont absents. Les séparatistes peuvent donc effectuer leur mobilité sans crainte d’une ville à une autre rendant l’action des forces de défense et de sécurité difficile sur le terrain. Les arrondissements de Douala sont remplis de déplacés parmi lesquels des illustres inconnus par les autorités locales qui constituent une menace pour les populations. Qu’est-ce qui peut expliquer que dans un contexte aussi sensible dans lequel se trouve le Cameroun notamment dans cette partie du pays, le renseignement soit quasiment absent. Lorsque le chef de poste de liaison effectue des déplacements avec le gouverneur du Littoral, personne d’autre ne tient les arrières pour assurer la permanence. La menace est persistante dans la ville de Douala en particulier et le Littoral en général dans la mesure où certaines villes communiquent directement avec les foyers de tensions. Tenez par exemple, la localité de Momho est liée à Kumba ; la ville de Njombe Penja est attachée à Tombel et Melong communique avec Banguem dans le Sud-ouest. Il y a péril en la demeure. Attend-on d’abord qu’il y ait le feu dans la maison pour enfin jouer les sapeurs-pompiers ? N’est-il pas urgent de prévenir la catastrophe ? A quoi sert finalement la direction générale de la recherche extérieure ? Serait-elle une simple structure budgétivore ? Où vont les fonds alloués aux services de renseignements ?

L’Europe n’est pas en reste

Dans un contexte d’internationalisation du terrorisme, certains pays africains ont amené leurs services de renseignements généraux à se moderniser et à revoir en profondeur leur politique de renseignement. Mais au Cameroun, les grandes oreilles de la Dgre sont sourdes. Le système de renseignement mis en place par le pays de Paul Biya bat de l’aile. En France, il n y a qu’un seul élément de la Dgre. Celui-ci couvre la Belgique, l’Allemagne, la Suède, l’Italie, l’Espagne, le Luxembourg, le Danemark, la Grèce, bref tous les États membres de la zone Schengen. L’unique élément de la Dgre qui est en Angleterre couvre l’Écosse, l’Irlande du Nord, l’Irlande du Sud, la Finlande, le Pays de Galles, bref tous les pays constitutifs du Royaume uni. Mais sont-ils des magiciens pour couvrir tous ces pays voire ces régions ? C’est ce qui pourrait souvent expliquer les sauts d’humeur d’une certaine diaspora agitée qui ne cachent pas ses actes de sauvagerie en l’encontre du couple présidentiel lorsqu’il se déplace en Europe. Parfois vêtus de noir, certains individus manifestent non loin de l’hôtel où sont logés le couple présidentiel et la forte délégation qui l’accompagne. Munis de pancartes et de banderoles, de centaines de personnes tiennent à adresser au président de la République leur sentiment d’insatisfaction en mondo vision. Preuve d’une défaillance des services de renseignements généraux qui peuvent pourtant épargner le chef de l’Etat et les médias internationaux de ce spectacle désolant.

Faut-il dissoudre la Dgre ?

La Direction générale de la Recherche Extérieure n’a plus rien à voir avec son ancêtre, le Centre national d’études et de recherches (Cener). Ses activités lui avaient valu le prestige d’être le service d’intelligence a titré de l’Etat du temps du président Ahmadou Ahidjo. Jean Fochivé, le patron durant un quart de siècle du principal service de renseignements camerounais, était un policier à l’image de J. Edgar Hoover, le directeur emblématique du FBI américain : malicieux et implacable, influent et inspirant la peur. Certes, les personnels civils, policiers et militaires de la DGRE ont pour priorité aujourd’hui de mener la guerre contre le terrorisme, de soutenir la lutte contre le grand banditisme, de veiller à la protection du patrimoine économique et industriel du pays, et de lutter contre la corruption. La structure a toujours mauvaise réputation. La Dgre est sous le précipice. Un collectif dénommé «collectif du personnel de la Dgre», il y a quelques temps, faisait circuler des tracts au sein de cette administration sensible. Le document auquel n’était pas du tout tendre à l’égard du commissaire Maxime Eko Eko. Les membres du collectif dénoncent «l’humiliation croissante» dont ils sont victimes, «les montages et autres mises en scène-cambriolages des notes commanditées de Yaoundé mais signées des chefs de postes pour des besoins de manipulation». Le collectif dit également non aux «promotions canapés, au renseignement assis et spectacle, au clientélisme, à l’enrichissement sans cause des protégés du Dgre». Il s’insurge contre l’affairisme (trafics impunis de notes, du carburant, etc.), les règlements de compte, la promotion des individus sans épaisseur, l’exhibitionnisme et l’imposture. On comprend donc pourquoi la structure a du mal à être plus efficace sur le terrain. Il faut peut-être la remettre en question. Comment comprendre que cet ancien de la maison, ex-agent du Cameroun en Russie où il a brillé sous la couverture d’un vendeur de guitares, ex-agent du Cameroun auprès de la Cemac où il s’est fait distinguer, puisse à ce point échouer à la tête du service d’intelligence le plus sensible du Cameroun !? Eko Eko roule-t-il pour les ennemis de la République ? Où vont tous les milliards en espèces sonnantes et trébuchantes qu’il perçoit même étant dans ses résidences privées dans le Nyong et Mfoumou ?

Source: La Republique N°052

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