Le Cameroun n’est la chasse gardée de personne, ni d’aucune grande puissance ». Propos du président de la république au cours d’une de ses visites officielles en république fédérale d’Allemagne en septembre 1986. Une déclaration quasi révolutionnaire dans un contexte où le pays qu’il dirige est présenté comme l’un des fleurons, si ce n’est le symbole, du pré-carré français. Un discours de rupture couronné par l’annonce de l’ouverture d’un consulat du Cameroun, et surtout, Paul Biya invite les hommes d’affaires allemands à venir massivement investir au Cameroun. Suffisant pour indiquer que le Cameroun appartient bel et bien aux Camerounais, peuple souverain, qui décide, en toute souveraineté de son destin, dispose de la richesse de son sous-sol, du sol, des ressources dont regorge le pays, et choisit en toute liberté et en toute responsabilité ses partenaires de développement. 33 ans après cette précision historique d’où vient-il que le chef de l’Etat se sente comme tenaillé par des intérêts obscurs qui veulent faire main basse sur l’un de ses outils et principal atout, pour atteindre le cap de l’Emergence ?

Le port autonome de Douala et son terminal à conteneurs, sont l’objet des appétits gargantuesques d’un industriel de Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine.

Après s’être imposé contre toute attente, au port de Kribi, l’industriel français, déjà concessionnaire du terminal à conteneurs (Tac) du port de Douala-Bonabéri, fait feu de tout bois, pour obtenir des autorités politiques et de la justice camerounaises, le renouvellement de son bail pour une autre exploitation, qu’on imagine somme toute aussi chaotique, de 15ans du Tac, sans des investissements d’envergure. Selon la procédure de sélection du nouvel opérateur du terminal à conteneur du port de Douala-Bonabéri, lancée en janvier 2018, deux candidats ont été admis à continuer la procédure de recrutement de ce nouvel opérateur. Dubaï ports world (Dpw) et Terminal investment limited (Til) de droits suisses représentés, en gros par des Camerounais qui devraient disposer de 45% des actions contrairement aux 20% offerts par le concessionnaire actuel dont le mandat est forclos au 31 décembre 2019.

Après analyse technique et financière des offres ces deux candidats, la commission ad hoc de passation de concession a classé Til premier avec un capital point de 95,5/100 suivi de Dpw qui totalise 75,5/100. A la suite de ce classement, Til est déclaré provisoirement adjudicataire provisoire de la concession jusqu´à ce qu’un communiqué du ministre d’Etat secrétaire général de la présidence de la république, instruise le directeur du Pad, de suspendre la procédure de recrutement, le temps de vider les affaires pendantes par devant les tribunaux. Une sortie qui coïncidait avec le séjour de Jean Yves Le Drian, ministre des affaires étrangères d’Emmanuel Macron, au Cameroun, venu réchauffer les relations d’affaires avec le pays de Paul Biya. Pour nombre d’observateurs, parce que Til présente une offre économiquement plus avantageuse, parce que des opérateurs économiques camerounais ont des parts dans cette société, il urge au président de la république de lancer un signal fort, pour matérialiser le retour au patriotisme économique, en privilégiant les intérêts des nationaux, compétents, dotés d’une expertise exercée dans le domaine portuaire.

Toutes choses qui passent par la confrontation de Til comme concessionnaire du Tac. Paul Biya aura fait œuvre utile. Pour rester en cohérence avec lui-même et les aspirations profondes du peuple camerounais, jaloux de sa souveraineté, en montrant à la face du monde, que le domaine portuaire du national, et bien d’autres pans de l’économie font partir du riche patrimoine des Camerounais, qui veulent en jouir, en toute liberté. En tout cas, beaucoup de Camerounais, au prix de leur vie, au prix du sacrifice suprême, sont sur le qui-vive et déterminés à défendre leur patrimoine, même dans le sang. Qu’après 15ans de concession aux mains d’une exploitation prédatrice, que l’Etat du Cameroun, en vienne en reconduire les caciques de la mafia et des professionnels de la roublardise pour un autre bail, serait insulte à l’intelligence des Camerounais.

Paul Biya, du haut de son vénérable âge, 86 balais, ne doit plus louvoyer, encore moins tergiverser, face aux appétits pantagruéliques des néo-colons. Il est temps d’entonner l’hymne de notre souveraineté économique et d’enfourcher les trompettes pour un patriotisme économique, qui viendraient nous propulser avec bonheur, vers les cimes de l’émergence, du progrès, du développement et de la justice sociale. Il est temps de tourner le dos aux pratiques et us qui desservent le pays et de rester focus sur une vision qui va nous permettre de sortir de l’ornière et de quitter définitivement les profondeurs abyssales des affres de la pauvreté.

Source: Le Messager

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