Suez et Veolia, une fusion au nom de l’environnement

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    Le numéro un des services à l’environnement veut racheter la part que détient Engie dans Suez, son principal rival depuis un siècle et demi. En France, la branche eau de Suez serait vendue au fonds Meridiam.

    Lecture en 3 min.

    C’est une arlésienne qui vient de refaire surface, avec cette fois une proposition très officielle. Le numéro un des services à l’environnement, Veolia, a annoncé dimanche 30 août son intention de racheter Suez, le numéro deux et son principal rival depuis un siècle et demi, en vue de créer le « grand champion mondial français de la transformation écologique ». En 2012, les deux groupes avaient déjà envisagé de fusionner, avant d’y renoncer, compte tenu des risques de situation de monopole.

    Le groupe présidé par Antoine Frérot tient cette fois à y mettre les formes et fait preuve d’une grande prudence. Veolia a proposé à Engie de lui reprendre la majeure partie des 32 % qu’il détient dans le capital de Suez. L’offre se fait d’abord sur 29,9 % (soit juste en dessous de la barre des 30 % qui nécessiterait le lancement d’une OPA), au prix de 15,5 € l’action, soit une prime de 50 % sur le cours de clôture de Suez du 30 juillet. Le rachat du reste du capital se ferait ensuite. Un schéma plutôt bien perçu par les analystes.

    Il ne s’agit pas d’une offre hostile, mais elle n’est peut-être pas aussi amicale qu’on l’imagine, vu du côté de Suez. Le conseil d’administration de l’entreprise a pointé lundi les « grandes incertitudes » qu’entraînerait son rachat par son rival. « La stratégie proposée engendrerait des disynergies et des pertes d’opportunité en France et à l’international. Par ailleurs, la complexité du processus retenu conduirait à deux années de perturbations opérationnelles, au moment où, dans le contexte post-Covid, les équipes sont focalisées sur la mise en œuvre de leur plan stratégique », met en avant le communiqué.

    De son côté, Engie a affirmé qu’il étudierait cette proposition « dans les prochaines semaines ». Un conseil d’administration doit se tenir fin septembre, où devrait d’ailleurs être annoncé le nom du directeur général (ou directrice), en remplacement d’Isabelle Kocher.

    Tout s’est déclenché le 31 juillet, après les propos de Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, expliquant que « tout est ouvert », concernant la participation dans Suez. Le groupe veut aujourd’hui se recentrer sur l’énergie et céder tout ce qui ne lui semble pas stratégique, soit 8 milliards d’euros d’actifs. Avec Suez, il récupérait environ 3 milliards.

    « Après des années de statu quo, c’était une opportunité historique, s’enthousiasme le PDG de Veolia. Cette fusion va accélérer la stratégie des deux groupes, avec une offre de services plus large pour les clients, plus d’opportunité pour les salariés et une croissance plus forte pour les actionnaires. »

    Mais à la base de son argumentaire, il y a aussi la crise environnementale qui exige d’aller plus vite. « En mettant nos forces en commun, nous allons apporter des solutions techniques et économiques nouvelles sur un marché où il y a une forte demande », affirme Antoine Frérot, en citant « la qualité de l’air, la capture du CO2 pour ensemencer les sols qui se sont appauvris, le recyclage des déchets ».

    Selon lui, la fusion des deux groupes, qui détiendraient environ 5 % du marché mondial, permettrait également d’être mieux armé face aux concurrents qui se profilent, venant notamment de Chine, comme Beijing Group.

    Pour éviter les problèmes de concurrence, Veolia s’est engagé à céder les activités d’eau et d’assainissement de Suez en France au fonds Meridiam. Dans l’Hexagone, Suez a environ 20 % du marché, Veolia 40 %.

    Peu connu du grand public, Meridiam est spécialisé dans le financement et le développement d’infrastructures, dont il assure la gestion sur de longues périodes, généralement au-delà de vingt-cinq ans. Candidat malheureux, il y a deux ans, au rachat de la Saur (l’autre concurrent de Veolia et Suez en France), Meridiam gère 80 projets dans le monde (des ports, aéroports, hôpitaux, écoles, ou encore des barrages). Fondé par Thierry Déau en 2005, Meridiam s’est transformé en société à mission, ce qui en fait également un cas unique parmi les fonds d’investissement.

    « L’opération n’aura aucun impact sur l’emploi en France », assure le patron de Veolia, qui avait informé le gouvernement de son projet. Les syndicats craignent malgré tout des conséquences. « Dans l’activité déchets, il y a 1 800 personnes dans les fonctions support. Elles ne pourront pas être toutes recasées », souligne Cédric Tassin, le coordonnateur de la CFDT chez Suez. « L’État sera vigilant », a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire.

    À l’international, Antoine Frérot insiste sur les complémentarités géographiques. En Europe, Veolia est très présent dans la partie centrale et en Grande-Bretagne, Suez dans le Nord et en Espagne. Il n’empêche, beaucoup de cadres des deux groupes ont dû tomber de leur chaise en apprenant la nouvelle.

    Veolia est l’ex-Compagnie générale des eaux, créée en 1853 par décret impérial. La Lyonnaise est née en 1880, et Suez (société qui a vu le jour en 1858 pour construire le canal) en devient l’actionnaire majoritaire en 1974.

    Suez a réalisé un chiffre d’affaires de 18,5 milliards d’euros en 2019, pour un bénéficede 352 millions d’euros. Elle emploie 89 000 personnes dans le monde, dont près de 40 % en France.

    Veolia affiche 27,2 milliards d’euros d’activités en 2019 et 760 millions de résultat, pour un effectif de 178 000 salariés.

    Compte tenu des cessions envisagées, le nouvel ensemble devrait réaliser un chiffred’affaires d’une quarantaine de milliards d’euros.



    SOURCE: https://www.w24news.com

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